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Lettre à un otage

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Et ils (les émigrants) vous racontaient l’histoire d’un copain, ou l’histoire d’une responsabilité, ou l’histoire d’une faute ou n’importe quelle autre histoire qui pût relier à n’importe quoi. Mais rien de ce passé, puisqu’ils s’expatriaient, n’allait leur servir. C’était encore tout chaud, tout frais, tout vivant, comme le sont d’abord les souvenirs d’amour. On fait un paquet des lettres tendres. On y joint quelques souvenirs. On note le tout avec beaucoup de soin. Et la relique d’abord développe un charme mélancolique. Puis passe une blonde aux yeux bleus, et la relique meurt. Car le copain aussi, la responsabilité, la ville natale, les souvenirs de la maison se décolorent, s’ils ne servent plus.
p. 35

En eux mon pays logeait tout entier et vivait par eux en moi-même. Pour qui navigue en mer un continent se résume ainsi dans le simple éclat de quelques phares. Un phare ne mesure point l’éloignement. Sa lumière est présente dans les yeux, tout simplement. Et toutes les merveilles du continent logent dans l’étoile.
p. 44

L’homme s’étira d’abord, passa lentement la main sur son front, leva les yeux dans la direction, non plus de ma cravate, mais de mon visage et, à ma grande stupéfaction, ébaucha lui aussi un sourire. Ce fut comme le lever du jour.
p. 59

> Lettre à un otage, Antoine de Saint-Exupéry, édition Galiimard, collection folio, 1944

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