Archives pour la catégorie Roman

Anima

anima

Ils avaient tant joué à mourir dans les bras l’un de l’autre, qu’en la trouvant ensanglantée au milieu du salon, il a éclaté de rire, convaincu d’être devant une mise en scène, quelque chose de grandiose, pour le surprendre cette fois-ci, le terrasser, l’estomaquer, lui faire perdre la tête, l’avoir.
p. 13

Le sommeil, c’est comme la mort : ça se vit tout seul. Personne ne dort le sommeil d’un autre, personne ne meurt la mort d’un autre. C’est quoi ton nom déjà?
p. 245

CABOOL, MISSOURI
Au soir, Léonie et moi aimions nous promener dans les rues pour voir devant nous paraître et disparaître nos formes pâles aux lumières des lampadaires. La disparition des êtres est un coquillage vide. Tu le colles à ton oreille et dans ce vide quelque chose bruit. Dans la mienne, quelque chose d’horrible continue à bruire, mais je ne sais pas quoi.
p. 287

WINONA, ARIZONA
Qu’est-ce donc que savoir a de si redoutable?
p. 353

Que jetteront-ils dans le tumulte des vagues ? Que vaudront-ils confier aux abysses? Quelle douleur ? Quel chagrin ? Il existe, tout au fond des mers, des poissons monstrueux doués de parole, gardiens d’une langue ancienne, oubliée, parlée jadis par les humains et par les bâtes aux rivages perdus. Qui osera jamais plonger pour les rejoindre et apprendre auprès d’eux à reparler et à déchiffrer ce langage ? Quel animal ? Quel homme ? Quelle femme ? Quel être ?Celui-là, s’il remontait à la surface, aurait à l’intérieur de sa bouche bleuie par le froid les fragments d’une langue disparue dont nous cherchons inlassablement et depuis toujours l’alphabet. Nous réapprendrions à parler. Nous inventerions des mots nouveaux. Wahhch retrouverait son nom. Tout ne serait pas perdu.
p. 389

> Anima, Wajdi Mouawad, Léméac, Actes Sud, 2012

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